Une recherche menée pendant trois années dans une entreprise en charge d’une mission régalienne apporte un éclairage sur la régulation culturelle dans une organisation bureaucratique de nos jours. Dans l’entreprise étudiée, un pacte régit la relation d’emploi : la logique institutionnelle valorise le prestige de la mission, la hiérarchisation des fonctions, et la soumission à l’ordre établi, rabattant ainsi les individus sur des rôles sociaux ; en échange de cela des contreparties sont accordées aux salariés, en termes de gestion statutaire des emplois et des carrières, d’avantages matériels et financiers, et d’activités de loisirs. La recherche montre que, malgré ce pacte, le désir de participation des salariés à l’activité ne s’épuise pas totalement : des demandes relatives au travail ou à l’amélioration des modes de fonctionnement s’expriment sur la scène organisationnelle, prenant parfois la forme d’une plainte de mal-être. Cependant, la régulation bureaucratique tend à disqualifier ces plaintes. Un cercle vicieux culturel rabat les demandes véritables sur ce qui pourrait être des « plaintes stratégiques » (ressources dans les jeux de pouvoir) ou des « plaintes rituelles » (émanations du conformisme bureaucratique). On montrera ainsi que des dynamiques culturelles portent entrave à l’innovation et que, paradoxalement, le phénomène de plainte pouvant résonner au premier abord comme une demande de changement concourt à renforcer la culture dominante.
Posté par Olivia Foli, mis à jour le 14 avril 2014