Mardi 13 novembre 2018 - 09:30 au 18:15
« Musées & recherche » est une rencontre qui réunit chaque année depuis 2010 des chercheurs impliqués (en sciences humaines et sociales) et des praticiens réflexifs (musées, centres de sciences, structures patrimoniales). L’objectif est d’expliciter, entretenir, transmettre et faire évoluer un dialogue et des modes de collaboration ouverts, au bénéfice d’un monde commun. Ainsi, chaque année les questions identifiées sont inspirées par les travaux et expériences dont nous sommes acteurs et témoins au quotidien, et par les idées qui ont émergé des rencontres elles-mêmes.
En 2018, le thème proposé pour la journée est celui des publics. Il peut sembler banal tant il a été mobilisé, que ce soit dans la recherche, l’action culturelle et politique, les pratiques de médiation, la communication, avec à chaque fois des visions différentes de ce que le phénomène du public recouvre. Ces visions peuvent se rapprocher ou diverger fortement : considérer le public comme cible n’est pas du tout la même chose que le considérer comme condition particulière dont chacun peut faire l’expérience. De même, la mesure de la fréquentation n’est pas la même chose que l’attention à des pratiques (sociabilité, connaissance ou reconnaissance) et des rapports ou sentiments psycho-sociaux (confiance, défiance, déférence). Ces états et ces savoirs sont riches et pourtant souvent masqués sous les indicateurs et données collectées auprès de personnes constituées à leur insu en « public » d’une offre ou d’une politique. Le public est aussi une figure du discours, lorsqu’il s’agit de promouvoir un changement, une innovation, au nom du public (musée inclusif…).
Il n’existe nulle position d’autorité depuis laquelle on pourrait imposer une définition et des normes à tous ceux qui sont concernés par le phénomène du public sauf en exerçant une violence symbolique ; contradictoire avec le fonctionnement démocratique.
Le public reste donc une condition complexe qui suscite débat et échanges intenses entre les professionnels des musées, de la médiation et les chercheurs. Il est un des principaux foyers de questionnement et de production d’études aux niveaux de l’action et de la décision (pilotage, programmation, muséographie, médiation, accueil). Côté recherche, le public est impliqué dans une partie des cadres théoriques en muséologie, qu’il s’agisse de l’exposition comme média, ou celui de l’examen critique des enjeux de la pratique culturelle. Il est également une condition politique essentielle qui donne corps à la discrétion, l’effacement, le tact, comme moteur de la vie sociale et institutionnelle.
Nous n’en avons jamais fini avec l’exigence de constamment rediscuter de ce phénomène et de cette condition, dans un contexte d’hybridation continue des institutions et des médias, et d’intégration des musées à des processus d’industrialisation, mais aussi de diffusion des théories du soin, du care, de l’attention à autrui, et de reconnaissance du caractère fondamental de la confiance dans les rapports institutionnels.
Alors comment les publics nous apparaissent-ils aujourd’hui depuis les points de vue qui sont les nôtres ? Y compris celui de membres du public ? Quelles sont les questions qui sous-tendent les travaux récents menés par des chercheurs et des professionnels dans les institutions culturelles sur les publics, leurs réceptions des expositions, des expériences ?
Lors de la rencontre 2018, nous souhaitons reprendre le dialogue collectif à propos du phénomène et de la condition du public, pour tout à la fois combattre sans relâche collectivement les visions trop simplistes du phénomène, et assumer ensemble la manière dont la pensée sur le public habite notre rapport soucieux et sensible au monde qui vient.
Destinataires
Chercheurs et enseignants-chercheurs, doctorants, muséologues, médiateurs, conservateurs, chefs de projets, chefs de services, professionnels de l’étude
Co-pilotage du projet
Joëlle LE MAREC, Professeure en sciences de l’information et de la communication, Sorbonne Universités – Celsa, GRIPIC, Paris
Ewa MACZEK, Directrice adjointe, Ocim, université de Bourgogne